OUT OF CANADA - SAINT PIERRE - BALEINES - MARIA - PHOTOS

 

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"OUT OF CANADA"

Je fais la connaissance de Francis et Cathy lors d'un séjour en Suisse en 95. La promotion dans certaines administrations françaises passe par des chemins imprévisibles. Il se trouve que notre ami Francis est nommé pour trois ans (il y restera quatre !) dans un poste important d'un département d'Outre-Mer, St Pierre et Miquelon. Son épouse sera par contre "femme au foyer", ce qui semble lui convenir parfaitement. Logement de fonction, un nombre de dossiers mensuels égal à ce qu'il traite quotidiennement en France et du temps donc pour la philosophie et l'informatique.

Elle est pas belle, la vie ?!

Sa nomination étant pour 96, l'an prochain, on évoque une possibilité de se revoir "là-bas". Chiche ?!

C'est justement le genre de pari qu'il ne faut pas me proposer car je tombe chaque fois dans le panneau. C'est parti pour un vol "à l'avenant" sur lequel on ne s'appesantira point : Marseille-Paris-Toronto-Halifax-St Pierre. Seule petite ombre au tableau, on ne fume pas sur "Air-Canada" ! Huit heures entre Paris et Toronto, un peu dur pour l'intoxiqué que je suis. Pour mieux comprendre le rôle d'une cigarette en ce qui me concerne, visitez si vous le voulez bien, la rubrique "pépins" dans le plan du site !

En fait, c'est à cause d'un retard de l'avion à Toronto, que je découvrirai un petit bout de Canada : la Nouvelle-Ecosse. Sans rien demander à personne, errant dans cet aéroport immense et d'une belle architecture, je suis abordé par une hôtesse toute de rouge vétue qui me demande dans un français parfait quel est mon problème. Je n'en reviens pas. Elle s'occupe de tout mais ce décalage imposera une escale imprévue de 24h à Halifax.

Quelle chance dans la malchance! Cette ville de Nouvelle-Ecosse est magnifique et je me retrouve dans un univers social inconnu où le respect est un art de vivre. A l'hotel "Nelson", on me demande si je souhaite une chambre fumeur ou non fumeur. Incroyable ! Devinez ma réponse. Les gens sont d'une affabilité hors normes "NF". En voulant traverser une grande avenue et sans réaliser que ce n'est pas "feu vert" pour les piétons, j'assiste à quelque chose d'inouï, jamais vu en France, dans les grandes villes : toutes les voitures s'arrêtent pour me laisser passer sur l'autre rive ?!... Mais dans quel Pays suis-je donc ?

En me promenant au hasard de splendides avenues, j'atterris dans une taverne-restau-boîte aux allures de cabane de trappeur. Affalé au comptoir, je sors mon paquet de gitanes et me retrouve en quelques minutes entouré de cinq ou six Canadiens et Canadiennes: "Par tous les dieux du sirop d'érable, n'es-tu pas Français ?" Oui Jérémiah (je vous recommande le film avec Robert Redford, "Jérémiah Johnson", introuvable !). L'ambiance que dégage ce lieu est unique : simple, chaleureuse, et "bon enfant". J'apprendrai ensuite que je suis dans un quartier culturel, théatres, studios photo et d'enregistrement, écoles de danse... Dans un coin, une jeune femme montre son press-book à une autre qui semble lui fixer un rendez-vous.

Mais je me rends compte que mon interlocuteur est le seul à parler français. Les autres ne parlent qu'anglais avec l'accent canadien. Et là, cher lecteur, je vous prie de croire que le peu de connaissances que je pensais avoir de la langue de Shakespeare s'envole en fumée et me laisse perplexe sur mon acuité auditive. Dommage car une des jeunes femmes présentes est d'une beauté à couper le souffle. Piquante brune qui n'a de Canadienne que la langue et cette incroyable simplicité dans le contact humain. Je m'en remets avec une bière pendant que les autres s'en envoient trois, mais nos regards et nos sourires ne cessent de "dialoguer" en silence.

Je reviendrai ici , c'est sûr, et je le ferai durant trois jours après l'épisode exotique de St Pierre. Elle s'appelle Maria (Ste Mère de Dieu, pardonne ton pauvre pêcheur) et m'explique, traducteur à l'appui, qu'elle a des origines diverses du côté de l'Amérique du Sud, que son fils est confié pendant un mois à la grand'mère et qu'elle n'a jamais "connu" de Français. En l'écoutant parler, ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Je n'ai absolument rien contre et l'expression de son visage vaut toutes les traductions du monde.

Mon nouveau collègue qui parle ma langue, mais d'une époque que je n'ai jamais connue, fait une drôle de tête lorsque je lui dis ma destination "DomTom". Il en touche quelques mots à la bande de joyeux drilles qui éclatent de rire. "Fôôô pa t'rraeeende l'bâ mon gââ, y'â rraeen à voiééérrre !" me dit-il enfin en guise de traduction de ces rires communicatifs. Fouchtra ! Mais quelle idée ont-ils de la France d'là-bas ?! Me v'la ben mal parti, cré-nom-dé-diou ! La soirée est fabuleuse et je repars avec une bonne dizaine d'adresses dont celle de Maria évidemment, téléphone en prime !

Quinze jours plus tard cette Madone, avec qui j'aurai quelques difficultés à communiquer malgré ses efforts pour parler un anglais plus facile à mon oreille, me fera découvrir sa ville ultra moderne, ses espaces de verdure, l'histoire de cette "province" et le musée de la marine que je vous recommande. Elle s'occupera de mes billets d'avion car l'affaire n'est pas simple et me fera passer deux inoubliables soirées "entre amis" puis sans amis, comme si nous nous connaissions depuis des lustres. Son accent pour prononcer mon prénom était un pur moment de bonheur, et elle riait aux larmes lorsque je disais le sien "à l'espagnole".

Je devrais vous parler des fameux "atomes crochus" ou, beaucoup plus élégant, des regards qui s'entremêlent pour vérifier si les deux coeurs battent au même rythme. Du coeur à corps qui a suivi, je me souviens surtout de ces yeux-là. Maria, oh... Maria, jamais je n'oublierai cette petite perle humide au coin de ton oeil lorsque tu m'as accompagné dans cet infâme aéroport qui ressemblait à tous les aéroports du monde. On s'y retrouve parfois, on s'y quitte le plus souvent. C'est ce qui les rend insupportables. Tu aurais voulu que je reste un peu ? Moi aussi. Pourquoi ne l'a-t-on pas fait ? Je me le demande encore.

Vagabonder ou s'installer, quel dilemme ! Où sont donc les derniers nomades, ces Seigneurs de la Terre ?

Ils auraient pu m'expliquer tant de choses.

SAINT PIERRE

L'atterrissage à St Pierre se fait sur les chapeaux de roues, celles de droite du train principal de ce petit porteur : aucune visibilité, je n'ai jamais vu un brouillard pareil où l'on découvre la piste à quelques mètres du sol. En approchant de l'aérogare, j'entrevois Cathy et Francis qui agitent les bras. Je crois qu'ils me disent bonjour... Non, ils essuient la vitre embuée pour essayer de me reconnaître ! Heureusement que le niveau de température de la chaleur humaine est bien supérieur à celui de l'air ambiant. Quel pays !

Puis me voila installé dans une confortable chambre mansardée avec un programme chargé de visites, promenades en mer, j'en passe car tout reste à découvrir pour contredire mes amis Canadiens ! Quand on parle du tour de St Pierre, il faut bien se mettre d'accord : la ville a le même nom que l'île. Normal. Pour un endroit si petit, ils n'allaient pas se compliquer la vie, d'autant qu'on ne peut pas se tromper, il n'y a pas d'autres villes. Et quand je parle de ville, je vois grand. Donc pour ce qui est du tour (de l'île), en voiture, pas question. Il n'y a que deux routes qui se croisent, toutes deux aboutissant à... la mer ! Logique. Par contre, à pied, le paysage est fantastique de sauvagerie : de l'herbe, de la tourbe, des arbres pas plus grands que ma jambe et un vent à vous arracher les esgourdes. Le reste de l'année, la pluie, la neige, la glace et il paraît même que le vent est encore plus fort et plus froid... Ben voyons !

Mes hôtes sont charmants et cela vaut tout l'or du monde. Cathy est savoyarde pur beurre, ses repas sont revigorants et ne manquent pas des calories indispensables dans un climat pareil. Un pur bonheur agrémenté de philosophie de haute volée sur les "domaines et territoires d'outre-tombe... (pardon)...d'outre-mer ! ". Nous, les petits français, nous sommes les "métros"(politains). Péjoratif ?!... Parfois oui, souvent non, si l'on sait "approcher" ces anciens marins et aventuriers. Les métros en question prennent la sale habitude de se réunir "entre eux", ce qui ne fait qu'amplifier un apartheid miniature qu'on retrouve dans d'autres Dom-Tom, il faut bien le dire. La conduite du touriste Français (notamment "Parisien") est souvent telle qu'on ne doit pas trop en vouloir aux gens du crû.

Et dire que cette population est l'héritière des hauturiers d'une époque malheureusement révolue, celle des nobles Terre Neuvas. Dans ce nom, il s'agit autant des marins que des bateaux et de tout ce que cela représente de courage, de volonté et de solidarité. Qui plus est les Canadiens ne prennent pas de gants pour venir titiller ce qu'il reste de morue dans le coin, c'est tout dire, ou presque !... Les "politiques" font vraiment n'importe quoi. Le tourisme, "c'est pas gagné" car ce voisin Canadien offre les mêmes prestations - visite de baleines, de phoques, de macareux et autres curiosités locales dont l'aigle à tête blanche - avec une infrastructure bien supérieure.

Et pourquoi les anciennes usines de St Pierre ne serviraient-elle pas à abriter un gigantesque musée de la Marine de cette époque qui ferait facilement concurrence à celui d'Halifax, mais avec salles et conférences dédiées au plus gros problème de notre époque : le réchauffement climatique ? Nicolat Hulot se ferait un plaisir. La morue devrait également occuper une place de choix ainsi que quelques photos d'icebergs.

J'ai une photo de St Pierre entourée de glace. Dans peu de temps, ce sera une vision du passé et il n'y aura même plus de banquise au Pôle Nord.

Pourquoi ne pas reconstruire un des anciens Voiliers Terre Neuvas, ou alors récupérer celui qui sert actuellement de Navire Ecole à la Marine Italienne : Le Palinuro, ex "Cdt Louis Richard" des Armements Glâtre de St Malo ? Pourquoi ? Parce que je suis un éternel rêveur, voilà pourquoi.

Après tout ce que je viens de dire, vous pourriez penser que je n'avais qu'à rester à la maison. Erreur ! C'est justement ce genre de lieux ingrats - d'une certaine manière magnifiques - que j'affectionne tout spécialement : la nature y est encore vierge des saloperies humaines et c'est bien là ma conception de la découverte d'autres terres. Qui plus est, ce genre de "découverte" amène parfois bien des surprises et pas seulement de l'exotisme.

Maria n'était pas prévue au programme, et pourtant c'est son visage qui revient chaque soir en m'endormant.

BALEINES ?

Le temps n'est pas vraiment de la partie pour cette "sortie baleines". Mais on s'en moque car rien ne peut ternir le bonheur dans lequel nous baignons depuis quelques jours. En parlant de baignade... le capitaine du zodiac sur-motorisé nous fait d'abord enfiler une combinaison de survie épaisse comme un équipement d'esquimau au plus dur de l'hiver. Il nous explique que sans cela, nous ne pourrions pas rester dans le même état qu'au départ plus de quelques minutes en cas de baignade intempestive. J'adore la mer mais je nage comme une paire de tenailles. Il rajoute en mettant calmement de l'ordre dans l'embarcation, "c'est pas trop la saison des baleines, mais enfin, on verra bien" ! Au loin, j'aperçois des vagues qui, en tant qu'habitué du littoral, me font craindre le pire !

Donc, ça démarre fort notre affaire, aussi fort que les coups de boutoir qu'on ramasse dès la sortie du port, comme je m'y attendais. Heureusement que cet engin est ceinturé de cordes car je me demande bien à quoi on pourrait se raccrocher. Ca bouge tellement que l'on n'a pas le temps d'avoir le mal de mer, bien trop occupés à se maintenir vaguement assis sur le boudin en caoutchouc plastifié. Et en plus, ça glisse ce truc-là. Houulaaa ! Avec la même sérénité dont il faisait preuve tout à l'heure en rangeant ses p'tites affaires, "Haddock" nous montre du doigt "des" phoques sur les rochers déchiquetés d'une île à oiseaux.

Des oiseaux, il y en a des milliers, difficile de ne pas les voir, mais les phoques... pas moyen. On est tous bigleux ou il nous prend pour des touristes ? Damned, c'est en nous approchant qu'on devine des "formes" qui se jettent à l'eau. On n'a pas vu grand chose, ils sont de la même couleur que les rochers et ces animaux semblent avoir un sens de l'humour très développé : ils sortent la tête de l'eau et hop! au moment où on tente une photo périlleuse, ils plongent. Ce manège dure et durera à chaque sortie en bateau. Il faudrait un télé-objectif car sur les rares clichés que j'ai pu faire, et montrer, je suis toujours le seul à voir un phoque ! De toutes manières je ne m'imagine pas avec un tel équipement dans ces conditions.

Au bout d'une heure et des brouettes, force est de constater que dame baleine n'est pas au rendez-vous. "Mais on s'en moque car rien ne peut ternir le bonheur dans lequel nous baignons depuis quelques jours"....etc, etc... Au retour, en regardant les nuages, il me semble bien en voir un en forme de sourire, puis un autre, juste à côté, qui me fait un clin d'oeil. A part de l'eau de mer, je vous assure que je n'ai rien bu. Puis, j'imagine une rencontre avec une baleine dans une telle embarcation. Ma pensée sarrête... d'un coup !

En fin de séjour, sur un bateau plus conséquent, LA surprise: non pas une, mais un troupeau de baleines. Spectacle inoubliable de danse aquatique. On a du mal à croire que de tels "montagnes" puissent faire preuve d'autant de grâce et de majesté. Elles longent le bateau à quelques dizaines de mètres, comme si nous faisions partie des leurs, c'est à peine croyable. Le cap'taine a coupé les moteurs et nous pouvons entendre ces souffles d'expirations à la sonorité étrange et incomparable. Pas une vague, pas un clapot engendré par ces merveilles de la nature qui déroulent à la surface leur échine interminable.

Il paraît que ce sont des "retardataires", la saison étant bien dépassée. J'ai cru entendre comme des messages venant d'elles dans une langue proche de celle de mes semblables: la liberté, la paix et une puissance que rien ne semble (...) pouvoir détruire. Le temps s'est arrêté alors que cela n'a duré que quelques minutes. Une photo n'aurait pu transmettre tant d'émotion, et de toutes façons, j'étais pétrifié, pas par la peur mais par la Grandeur de la Création.

MIQUELON & LANGLADE

L'anecdote à venir se passe à Miquelon. Lorsqu'on se rend dans ce "département d'outre-mer", on ne peut éviter Miquelon, seule curiosité après St Pierre ! Ce que je dis là n'est pas très sympathique, mais je ne suis sans doute pas resté assez longtemps, et puis je suis "hanté" par Maria, me demandant parfois ce que je fais ici.

Nous sommes reçus chez l'habitante "Gisèle", personnage incontournable de cette île pour sa cuisine anti-rachitisme. Elle n'est pas la seule à faire du gîte insulaire, mais c'est elle la plus célèbre. Allez chez elle si vous aimez les coquilles St Jacques, c'est à peu près l'équivalent d'une côte de boeuf pour quatre personnes !

Miquelon (ce nom m'a toujours fait rire bêtement sans jamais savoir pourquoi), c'est un peu comme les îles du Frioul: Pomègues et Ratonneau. J'espère que vous n'allez pas me demander où se trouve le Frioul ! Il y a des lustres, Miquelon et Langlade (dite "la petite Miquelon"...) étaient séparées et sont aujourd'hui réunies. Eh bien l'histoire raconte de Miquelon qu'à l'époque où ces îles n'étaient pas encore mariées, des hauts fonds ont constitué avec le temps et l'accumulation de ..... une jonction entre elles. Mais pendant cette période de "maturation" qui a bien dû prendre un siècle ou deux, des coquins de Miquelonnais allumaient des feux pour guider les navires tout droit sur ces hauts fonds. Ils venaient donc inévitablement s'échouer entre les deux îlots. Je vous laisse imaginer la suite.

Cette histoire de flibustiers sans vaisseaux m'a séduit à tel point que j'ai imaginé, avec un fada dans mon genre, un "centre de recherche sous-marine" pour visiter ces épaves que d'autres moins couillons que moi ont dû vider depuis belle lurette. Qui plus est, dans un petit musée de Miquelon, il existe une carte de (toutes ?) ces fameuses épaves ! Faut vraiment être tombé de la dernière pluie pour faire de pareils projets.

Et l'anecdote, il faudrait en parler un peu tout de même. Elle est brève, simplette et pas drôle. Nous décidons Cathy et moi, tandis que Francis entreprend de se battre avec l'antenne d'intérieur à réception variable du poste TV de l'habitante, de nous rendre sur un petit bout d'île historique dont j'ai oublié le nom. C'est un peu comme pour aller de Marseille au château d'If, 20 mn aller, pour voir des ruines dont on ignore quelle est la part de légende et d'histoire.

Peu importe, nous commençons à apprécier cette dure vie de marins, fouettés par les embruns, les yeux plissés à force de scruter un soleil inexistant et le visage marqué de rides par tant de contractions pour éviter de gerber. Pardonnez-moi le style, c'est pour mieux vous mettre dans le bain, car c'est de nouveau une histoire d'eau dont il est question, peu original, je vous le concède dans la mesure où on en est entouré. A l'aller tout va à peu près bien, mais le ciel dégringole et la mer caracole.

Le tour des ruines, quelques vieux canons rouillés, un micro-musée expliquant le micro-climat d'une île microscopique nous laissent un peu sur notre faim, mais bon.... " On s'en moque, etc, etc..." vous connaissez la musique. Pour le retour, il y a un petit souci, la "navette" ne parvient pas à accoster pour nous récupérer. De plus, le marinier abîme son embarcation à force d'insister, puis il décide de s'en aller sans autre forme de procès ! Sur l'île, pas un hôtel, pas une maison, c'est une île-musée, point. Il fait un froid de canard et je n'ai pas de portable pour avertir Francis. Nous ne voyons d'ailleurs pas bien ce qu'il ferait d'autre que d'être mortifié d'inquiétude. Cathy est plus inquiète pour lui que pour nous-même.

Le temps passe et la mer outrepasse ses droits: elle se déchaîne comme si elle avait quelque chose à nous reprocher. Les océans font partie des mystères de la nature qui m'impressionnent le plus, tout comme les déserts. Par moments, il leur semble manquer d'air et leur physionomie devient celle de Dieu lorsqu'il vit Eve " croquer la pomme " avec Adam. Pauvre humain qui aurait la malchance d'être là à ce moment ! Certains font ce choix délibérément. J'ai de l'admiration pour eux car je reste convaincu qu'ils ne le font ni par provocation ni par héroïsme, mais tout simplement pour sonder l'incroyable capacité de l'homme à résister aux colères de ce Dieu "diabolique" qui a inventé pour nous, les montagnes, les abysses et le cosmos.

Revenons sur notre petit bout de terre où le courageux et "inspiré" gardien du musée nous conduit, les cinq ou six pingouins que nous sommes, à l'autre bout de l'île. Les vagues y sont moins hautes, tout au moins au départ de la anse. Son embarcation est une reproduction de baleinière à rame sauf que, dans le cas présent, il y a un moteur. Durant tout le trajet, personne ne dit mot. Je n'ai jamais vu pareil marin dans sa manière d'aborder les vagues. A chacune d'elles on se prend la douche, le mot est faible, mais on est toujours dans le bon sens, la coque en dessous et nous dedans. Les bonnes volontés écopent avec la nette impression que plus on en enlève plus il en arrive. Curieusement, dans ces moments-là, plus rien ne compte que... d'arriver. Au diable les courbatures, les yeux qui brûlent et la peur qui vous tenaillait avant d'embarquer.

J'ai lu sur le visage de Cathy ce qu'était le courage : un vague sourire silencieux, un regard mêlé de crainte et de confiance. Mais tout finit par arriver, c'est le cas de le dire puisque ce bref retour qui nous a semblé une éternité, se termine évidemment dans le port plus accueillant de Miquelon.

Quelques instants plus tard, Francis, confortablement installé devant son poste de télé nous confie le plus naturellement du monde qu'il n'a "pas vu passer l'heure" ! Seule remarque en voyant nos fringues : " Ah bon, vous avez eu de la pluie ? " Puis il nous rapporte les résultats sportifs du jour et les nouvelles de la métropole.

Nous l'écoutons béatement, médusés, ne sachant que dire.

De St Pierre et Miquelon, je ne suis pas près d'oublier la gentillesse de mes hôtes et la qualité de l'accueil qu'ils m'ont réservé, tout comme l'impression étrange et fascinante de notre rencontre inattendue avec ces baleines, et tant d'autres moments encore.

En consultant le Yéti (XITI)... je constate qu'un et sûrement plusieurs habitants de l'archipel ont publié certaines pages de mon séjour à St Pierre et Miquelon. Dans leur commentaire, il est dit que je ne suis pas "tendre" concernant ce séjour dans ce lieu étonnant. Je dois quelques explications. Si l'on sait lire entre mes lignes laconiques, on comprendra aisément que j'ai choisi dans ce site de raconter quelques voyages insolites et remarquables. J'ai parcouru l'Europe, visité tous les pays du bassin méditerranéen (sauf la Lybie) et bien d'autres encore...J'ai préféré parler de ceux - et il n'y en a que six, en attendant mieux !...- qui m'avaient "marqué", quand bien même ce "marquage" pouvait paraître dérisoire, insolent ou vu du petit bout de la lorgnette. C'est mon regard, et il n'engage que moi.

J'ai en horreur les carnets de voyages farcis de "merveilleuses photos", de récits idylliques et de contes de fées pour aventuriers de pacotille. J'aime vivre chez l'habitant et à St Pierre et Miquelon, j'ai été servi sur un plateau... (c'est dans le texte). Ma mémoire (l'âge sans doute) a zappé certains lieux et moments magiques. J'étais tellement heureux par exemple de me rendre parfois dans ce bar de St Pierre (au Nord de la ville) dont je n'ai plus le nom, avec mes amis, pour quelques parties de fléchettes et autres instants sacrés, qu'à mon retour, j'ai failli me séparer du Camaret (la maquette sur mon site) pour l'offrir au patron. Heureusement que je ne l'ai pas fait pour deux raisons : il serait arrivé en piteux état et il m'aurait trop manqué !

Bref, il me fallait répondre ici à ce webmaster qui a fait preuve d'une grande dignité en publiant ces pages d'Instants Donnés. J'espère qu'il comprendra que j'aime trop mon pays pour le dénigrer.

St Pierre - L'Ile aux Marins - Miquelon
Rares photos qui ont pu être faites par "mer calme" !... Une sortie à l'île aux Marins au départ de St Pierre. L'église de Miquelon est une petite merveille.

 

Dans ces pages, par souci de discrétion et parce que tout le monde pourrait ne pas apprécier mon humour, j'ai changé les prénoms des personnages.