L'Oradour est un ancien Liberty Ship. Ce terme désigne des cargos construits en masse aux Etats Unis durant la Seconde Guerre Mondiale. Ils avaient pour but de ravitailler les Forces Alliées.

Au cours de la guerre, il en fut construit 2710 dans 18 chantiers navals.

 

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L'Oradour

* Transports de matières dangereuses.

C’était le 8 décembre 1950, pendant la guerre d’Indochine, sur L’Oradour, un ancien Liberty Ship. Nous étions partis de Marseille avec du matériel militaire pour l’Armée Française. Au passage de Suez, nous étions « hors convoi » pour des raisons de sécurité, car transportant du matériel à risque, armes et munitions, ce qui était le cas pour tous les navires transportant des matières dangereuses.
A l’époque, le canal comportait des passages où les bateaux ne pouvaient se croiser. C’etait à Ismaïlia, sorte de voie de garage, tout comme dans une gare de triage, que les manœuvres de croisement se faisaient. Par la suite, le canal a été agrandi si bien qu’aujourd’hui, il n’y a plus ce problème d’attente et d’amarrage des bateaux pour laisser passer ceux montant ou descendant le canal.
Après le passage de Suez, nous faisions escale à  Djibouti et Singapour pour le ravitaillement en soutes et vivres, puis à Saïgon et Haïphong pour décharger.

*Transport de passagères clandestines .

Ensuite, c’est aux Philippines que nous nous rendions pour charger du coprah, environ 7000 tonnes, enfin, le volume maximum pour un Liberty.
Le chargement se fit en sept ports différents : le 1er à Zamboanga, dans l’île de Mindanao et le dernier à José Panganiban dans l’île de Luçon.
Pour mémoire les Philippines comptent plus de 7000 îles et îlots.

Au retour, avec le chargement de coprah, le problème des matières dangereuses ne se posait plus, bien sûr. Cependant d’autres nuisibles rendaient le voyage non pas dangereux mais très désagréable : les mouches à coprah !...
Des multitudes de mouches à coprah. Il y en avait tant qu’elles tombaient dans nos assiettes pendant nos repas. Vers midi, on faisait faire un tour d’horizon (faire tourner le bateau sur lui-même) pour générer un courant d’air qui chassait les mouches quelques instants.
Quelques instants seulement car deux minutes après, elles étaient là de nouveau !... C’étaient de petites mouches noires avec des ailes comme des carapaces, difficiles à écraser. Il y en avait de partout dans le bateau.
Mais vraiment, le plus gênant, c’est quand elles venaient partager le contenu de nos assiettes.

 

Jean Martin

* Les congés dans la Marine Marchande.

Le bateau chargé, nous partions vers l’Italie, à Gènes où nous faisions une escale. Puis, direction Anvers et Rotterdam pour y décharger le reste de la marchandise.
Nous étions repartis sur Philadelphie (Etats-Unis) sans faire une seule escale en France, pour aller charger cette fois du charbon.
Enfin… retour à La Pallice, près de La Rochelle.

Cela nous avait fait six mois de navigation, ou plutôt six mois moins trois ou quatre jours !... Si cela avait fait six mois complets, nous aurions eu droit à un jour de congé supplémentaire par mois ! A l’époque, en plus des six jours par mois de congé, cela nous en aurait donc fait un de plus par mois !... Donc 42 jours au lieu des 36 dont on a bénéficié ! Ceci étant valable à condition de rester hors de France.

La durée d’embarquement était généralement de 10 mois par an pour lesquels nous avions deux mois de congés. Aujourd’hui, pour trois mois de navigation, il doit y avoir deux à trois mois de congés. Cela a bien changé !

Par contre, nous avions des navigations plus tranquilles car nous faisions des escales d’environ huit, parfois même quinze jours, tandis que maintenant, les bateaux sont à peine arrivés qu’ils repartent aussi vite. Les porte-conteneurs arrivent le matin et s’en vont le soir-même.

Liberty Ship Oradour
 

 

* Transport de charbon Etats-Unis – France

J’en ai effectué quatre.
Le premier, ce fut Philadelphie – La Pallice.
Le second, de Philadelphie à Rouen. Après le déchargement à Rouen le bateau subit des réparations classiques pendant deux semaines avec passage en cale sèche pour repeindre la carène.
Le troisième, de nouveau Philadelphie – La Pallice.
Le quatrième, Baltimore – La Pallice.

Normalement, les escales aux USA duraient environ 24h dont une dizaine d’heures pour le chargement.
Par contre, les quatre voyages effectués furent marqués par de longues grêves intermittentes des charbonnages, qui allongèrent sérieusement nos escales en attente de chargement. Tant et si bien qu’à chacune des escales à Philadelphie la durée fut de huit jours et celle de Baltimore dura deux semaines.

Ce dernier séjour me permit d’aller en promenade à Washington où je pus voir la demeure du président et autres bâtiments officiels dont on entend parler tous les jours à la télé.

* Rouen

Pendant les réparations à Gd Couronne, deux matelots - un jeune de vingt cinq ans bâti en athlète et l’autre près de la cinquantaine mais plutôt chétif – firent une sortie à terre un dimanche, trouvèrent une épicerie ouverte et firent une consommation « sans modération » de vin rouge, qui « coupa les jambes » du plus âgé. A tel point que le jeune demanda une brouette à l’épicière afin de le ramener à bord du bateau, à environ un kilomètre. Ils furent suivis par une petite équipe d’enfants jouant dans les parages et qui trouvèrent le spectacle bien amusant.

Ce sont les enfants qui rapportèrent la brouette à sa propriètaire, tandis que le jeune montait la coupée, son collègue sur les épaules.

* Retour de Baltimore sur La Pallice

La durée moyenne du trajet était de 15 jours, mais à cause du mauvais temps, du départ à l’arrivée, elle dura 19 jours. Cette traversée anormalement longue, ajoutée à une escale de 14 jours à Baltimore fit que les deux derniers jours, la cambuse se trouva « à sec » de vin.
Le Cdt proposa  à l’équipage de le dédommager financièrement, ou de leur donner « la double » le midi (double ration de vin) pendant quelques jours.

Tous optèrent pour la seconde solution !...

 

Jean Martin