Latroun - Arrivée - Le tunnel - La clôture - La sortie !

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PREAMBULE

C'est en 67, que je rencontre mon "Père spirituel". Que l'on ne s'y trompe pas lorsque je parle de spiritualité, un mot que vous retrouverez dans ce site, c'est à la dimension de l'âme que je me réfère et bien au-delà de toute religion, alors même que ce cher père est trappiste. Décédé il y a un peu plus de dix ans, je sais qu'il persiste à veiller sur moi et mes proches. Ma "bonne étoile"...c'est sans doute Lui.

Cette fameuse année est donc le début d'une grande fidélité et j'oserai parlé d'une indéfectible amitié. Entre Bac et autres études, j'approche le métier d'éducateur comme instituteur totalement naïf et candide au Centre Belle Etoile, clin d'oeil du destin, au Col de Tamié (Savoie) . J'apprends au moins tout ce qu'il ne faut pas faire dans ce domaine.

Aelred, c'est le nom de moine qu'il avait choisi, à la mémoire d'un Abbé cistercien anglais du XIIeme siècle et ami de St Bernard. Aelred, le bon, le sage et le "vivant", m'offre l'hospitalité les jours de repos où je suis bloqué par la neige pour redescendre à Chambéry. Même les autres jours, d'ailleurs, où je me sens mieux ici qu'en bas ! Il faut dire qu'à cette époque, l'abbaye est un véritable lieu de repos et de retraite. C'est loin d'être le cas aujourd'hui.

Bien après sa mort, j'ai appris que cet homme avait souffert, comme tout un chacun, mais il était si discret sur ses maladies et ses douleurs que ce fut pour moi comme une révélation. Il était tel une éponge absorbant mes peurs, mes idylles déçues, mes colères et mes bleus à l'âme. Enfin, il Etait.

Il me faut à présent vous donner quelques détails concernant les raisons qui m'ont poussé à prendre une année sabbatique. Le sous-titre, s'il est évocateur, n'en est pas moins laconique et exige un minimum d'explications. Vous constaterez dans ce site que je ne livre rien de ma vie privée, ce serait indécent et hors de propos. Il s'agit de moments vécus, d'impressions ou de réflexions... d'un anonyme. Pour autant, vous devez comprendre qu'un "sabbat" n'est ni une période de vacances, ni une fuite, ni une fantaisie en ce qui me concerne. Je le conçois comme une prise de recul pour une "mise au point", dans un passage difficile et délicat de la vie.

Certes, ce n'est pas donné à tout le monde de pouvoir le faire. Sur un plan strictement matériel, il faut avant tout s'assurer un retour avec des options professionnelles, avoir quelques écus de côté et surtout accepter de quitter, voire abandonner beaucoup de choses. Je ne m'attarderai pas sur ces "choses" ! Une année, dans une vie, c'est très court. A la veille du départ, je puis vous assurer que cela paraît très long.

L'année 89 est pour moi un passage dans un tunnel sans éclairage et très embourbé. L'EDF n'y est vraiment pour rien à cette époque ! Ma "promise" me semble plus qu'improbable, mon travail devient une routine inacceptable et mon moral est en berne pour d'autres raisons dont j'ai "oublié" l'origine. Plutôt que de subir cette déferlante que je juge infranchissable à ce moment-là, une fois de plus je me confie à Aelred en évoquant mes deux projets de "rupture". Un tour du monde à la façon "babacool" ou un séjour en Polynésie, auprès de "Miss Papeete" (voir la rubrique "voyages") une sorte de conjuration !...

Il me répond simplement que je peux aussi le rejoindre en Terre Sainte, près de Jérusalem, où il est missionné pour un an encore ?!... Tiens donc ! Cela ne m'était pas même venu à l'esprit alors que je connaissais parfaitement sa date de retour en décembre 90. L'argument principal est de servir de chauffeur pour livrer du vin au Club-Med d'Eilat et de convoyer des pèlerins à travers Israël et les Territoires, le chauffeur Palestinien du monastère ayant eu des ennuis en raison de l'Intifada. J'ai à l'époque tous les permis de conduire et la proposition mérite d'être examinée.

 

LATROUN

Deux mois me sont nécessaires pour prendre une décision et régler un grand nombre de basses contingences matérielles. Fin 89 - après Noël - je débarque à Tel-Aviv, direction le monastère de Latroun. Mon cadeau de Noël ? La Lumière. Mais elle ne m'apparait pas au premier regard ! Non. Je dirais même que j'ai l'impression d'être dans le même tunnel avec comme différence non négligeable qu'ici, on parle arabe ou hébreu... ça aide ! La chambre-cellule, c'est ainsi que je l'appelle au début, est une illustration de ce que l'on abandonne : 70m² contre 10 à peine !

Il faut peu de temps pour se rendre compte ensuite, que cela a bien peu d'importance.

L'anglais devient donc vite un support incontournable. A ce propos, je voudrais encourager les candidats au départ à l'étranger. Dans beaucoup de pays, le français est totalement ignoré, ce qui n'est pas le cas de l'anglais. Je suppose que nombre d'entre vous ont studieusement suivi les cours d'anglais, du secondaire à la terminale. Ensuite...terminé !

Vingt ans après, lorsque vous êtes avide de communication (!) en terre inconnue, vous tentez donc en anglais un baragouinage plus ou moins judicieux, parfois même avec des effets de phonétique qui ont pour résultat de rendre le visage de votre vis-à-vis hilare, hébété voire renfrogné. Et bien entendu, vous vous demandez où le bas blesse. Qu'à cela ne tienne, sans même ouvrir un dictionnaire, vous redécouvrez spontanément environ trois à quatre mots par jour. Insondable et mystérieuse mémoire ! A tel point qu'à mon retour, à Orly, je me suis adressé à un douanier en anglais ! J'encourage l'apprentissage de cette langue dès la maternelle. Dans les "Territoires", les jeunes Palestiniens d'une douzaine d'années parlent l'anglais, mieux que la plupart d'entre nous.

Les Pères Trappistes ont toujours une activité. A Tamié c'est la Tome (de Tamié !), à Latroun, c'est le vin et les spiritueux. Je vous avais prévenu qu'on reparlerait de spiritu... Oh non, là je dérive.

Les premiers jours, j'essaye de faire le tour de mon nouvel espace de liberté. Oui, au sein de ce monastère, la première impression est celle de liberté et de sérénité. Ailleurs, selon où vous allez, c'est une autre histoire. Dans ce chapitre - le seul à contenir tant de texte - je vous parlerai essentiellement de ce que j'ai vécu d'original pendant un an. Mais quand on réside un certain temps dans ce pays, il est impossible de ne pas évoquer quelque brûlant sujet : Jérusalem, essentiellement. Je ne m'embarquerai pas sans précautions sur de telles questions.

Rappelez-vous seulement qu'en 90, mon année sabbatique, l'Irak envahit le Koweït. Mais on y reviendra en fin de parcours, je crains de vous perdre dès maintenant ! Sachez pour l'instant que durant la fin de l'année, il ne m'a plus été possible de promener les pèlerins dans certains Territoires, notamment Hébron, Naplouse et Jéricho. Même Jérusalem-Est devenait inaccessible sans passe-droit. Enfin !... je peux me vanter d'avoir pu connaître la géographie de ce pays comme ma poche, sauf la "Bande de Gaza".

Je n'ai pas la prétention de vous faire découvrir Israël, c'est bien trop compliqué. Je me contenterai de vous transmettre la perception que j'ai eu de cette année sabbatique. Ainsi, cela n'engage que moi. Il vous faudra donc lire entre certaines lignes pour comprendre l'impact que cette Terre peut avoir sur nous, et pas seulement au sein d'un monastère. Qui sait si vous ne trouverez pas là, l'envie de vous y rendre. Cela peut être magique ! Les quelques photos vous diront l'essentiel, j'essaierai de faire le reste.

 

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