St Sépulcre - Porte de Jaffa - Neguev - Tibériade

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JERUSALEM

Dans cette page, pas de photos de Jérusalem. Encore une fois, il y a des sites spécialisés en la matière et mon propos n'a rien à voir avec celui d'un guide de voyage ! Je tente simplement de vous communiquer un "point de vue" et des impressions. J'avais souvent imaginé me rendre dans cette ville hors du temps et pourtant si actuelle. J'y ai vécu une année, tout au moins à proximité, et ce que je peux en dire laissera plus d'un lecteur insatisfait ou déçu. Il faut juste savoir que cet endroit n'est pas exactement comme tous les autres : il y règne quelque chose de l'ordre de l'intransmissible... et j'ignore pourquoi. Dans une de mes "galeries" vous trouverez deux photos ( très classiques ) de la ville. Celle au-dessus est prise sur le toit du St Sépulcre, chez les Frères Ethiopiens, et représente à elle seule ce qu'on ne voit pas au premier coup d'oeil, ce qui est bien là l'une des caractéristiques de Jérusalem.

Comment peut-on parler de cette Cité, ce joyau de civilisations, d'histoire, de cosmopolitisme, de chaleur humaine et de brutalité poussés à leurs extrêmes, Lieu Sacré de paradoxes et de souffrances, dilemme entre son histoire et son devenir ? Lieu qui cependant s'obstine à vivre dans le présent. Le modeste conteur qui vous parle ne pourra pas vous expliquer tout ce que représente Jérusalem. D'autres plus éclairés et compétents l'ont fait depuis la nuit des temps. Les superlatifs sont difficiles à éviter. Et cependant...

Pendant une année donc, cette ville mystérieuse m'attire, telle un aimant, à raison d'une fois par semaine au moins. La citadelle certes, mais pas seulement. Une grande artère, Ben-Yehuda, mène précisément à la citadelle-forteresse. Le soir, une ambiance de fête y est permanente - nous sommes en 90 - et les gens vivent comme si "demain" n'existait pas : il est urgent de profiter au maximum de l'instant présent. Je n'ai pas mis très longtemps à me faire à cette philosophie. De petits cabarets, clubs, "boîtes" sont ouverts toute les nuits et l'ambiance y est chaleureuse et bon enfant. Non , ce n'est pas par les night-clubs que j'ai découvert Jérusalem, même si j'ai fait le tour d'un bon nombre d'entre eux ! Dès le deuxième jour de mon arrivée, je me rends dans cette ville mythique, ou mystique, c'est selon.

Les mots vont me manquer pour vous parler du coeur de Jérusalem, d'autant que je ne suis pas un orfèvre en matière d'écriture. Mais ne vous ai-je pas déjà dit l'essentiel ? Lorsqu'on apprend une nouvelle langue, il reste certains termes intraduisibles, ce qui génère des incompréhensions entre les peuples. Il en va ainsi de Jérusalem : ce que l'on y ressent n'est pas totalement explicable. Désolé, je fais le maximum et non l'impossible. J'ai évoqué dans la rubrique "convoyages" l'aspect mercantile et factice de certains "lieux saints". On le retrouve partout, à Rome comme à Lourdes, mais si l'on apprend à "voir", on peut oblitèrer cet aspect superficiel des lieux, même si cet autre regard est particulièrement difficile en ce qui concerne le St Sépulcre car l'homme a tout fait pour vous le détourner.

Dès le passage d'une des portes qui donne accès à cette fourmilière humaine, on sent qu'il se passe quelque chose. Quoi ? C'est précisément cela qui est complexe et déroutant. Bien que né catholique - on ne nous laisse pas tellement le choix, pas même entre le sel et le sucre sur la langue le jour du baptême - je ne suis ni pratiquant, ni croyant au Dieu des chrétiens, des juifs ou des arabes, mais plutôt en un Dieu Universel, un Grand Constructeur. C'est ce que je ressens chaque fois que je me retrouve au coeur de la Cité. Une concentration étonnante de tout ce qui existe sur terre en terme d'humanité se rassemble ici, chacun avec des objectifs, des états d'âme, des motivations qu'il garde précieusement au fond de lui, non pas pour le secret mais par incapacité à communiquer des émotions qui subjuguent.

D'emblée, on est "attiré" vers un des lieux les plus "chauds", le Mur des Lamentations, qui jouxte la Grande Mosquée, étroitement surveillé par Tsahal (l'armée) et qui regroupe tous les courants de la religion juive, des plus radicaux aux plus libéraux. C'est un peu plus loin - les distances sont très relatives au sein de la citadelle - que l'on découvre l'église du Saint Sépulcre. La surprise est double, celle de voir une architecture extérieure d'une étrange banalité, et celle de déambuler à l'intérieur, dans un labyrinthe de murs et colonnes entièrement recouverts d'objets les plus hétéroclites que l'on puisse imaginer. Le rocher, lieu de la crucifixion, m'émeut beaucoup par contre et m'intrigue. Combien de fois suis-je retourné le caresser ?

Bizarrement je ne peux jamais rester très longtemps dans cet endroit, comme si je ressens chaque fois une aberration teintée de bêtise humaine, entre ce qui s'est passé là et ce que l'on en a fait. Je suis conscient du risque de choquer certains, d'autres me comprendront. J'ai du mal à voir et comprendre ces files d'attentes pour approcher tel ou tel vestige d'une Histoire qu'on ne devrait pas avoir besoin de financer par trois francs six sous ou des cierges de mauvaise qualité. Pour qui, pourquoi ? Le cliquetis de cette monnaie de singe m'exaspère au plus haut point.

Il est temps de sortir pour se débarrasser d'une curieuse sensation d'avoir croisé des fantômes persuadés d'être investis par la Grâce, et le montrant bien sur leurs visages livides. Si c'est cela la Grâce, que je sois transformé en grenouille. L'oeil est naturellement attiré par ce qui brille et c'est de cela dont je parlais plus haut. Ici, le brillant est de tous les côtés ! On y "étale" le christianisme d'une époque révolue.

Peut-être que depuis 90 les choses ont changées ?...

Un jour, le sourire fugitif d'une très vieille dame recroquevillée sur le bord d'un muret, dans un des coins les plus sombres, m'a permis de voir enfin l'authenticité de cet endroit unique.

Dehors le soleil brille et la lumière à Jérusalem est spéciale. Elle vous illumine plus qu'ailleurs. Et puis cette cacophonie de langues, de chants religieux diffusés par des haut-parleurs nasillards, ces mélanges d'odeurs et de couleurs comme dans les souks que tout le monde connaît, vous montent parfois à la tête mais curieusement s'intègrent si bien à l'ensemble, que tout cela n'a rien de provocant ni d'agressif. Le chant des muezzins s'entremêle avec le son de cloche des multiples églises, les touristes rougeauds et transpirants sont abordés par les "mouches à deux pattes" - gentille expression pour désigner les gamins qui quémandent quelque menue monnaie - des marchands ambulants tractent eux-mêmes des chariots d'un autre temps...

Un jour à Latroun, nous avons eu la visite des soeurs du couvent du Mont des Oliviers, évènement exceptionnel quand on sait que cette confrérie ( des Carmélites si ma mémoire ne me trahit pas ) est très stricte concernant les contacts de ces religieuses avec le monde extérieur. Comme cela a souvent été le cas, je suis chargé de faire visiter le monastère, tout au moins ce qui est visitable. A la fin de cette "excursion", une des soeurs s'approche de moi pour me glisser dans la main un chapelet de toute beauté. Je n'ai pas le temps de lui dire que je ne saurai jamais quoi faire d'un pareil objet : elle me regarde avec un sourire d'ange et sans un mot retourne auprès de ses consoeurs. Ce petit détour pour vous dire que depuis ce jour, j'ai rendu visite régulièrement à Soeur Marie-du-Calvaire au Mont des Oliviers à Jérusalem car c'était une de mes destinations favorites. Je vous le redis ici, je ne suis ni pratiquant ni croyant à un Dieu "réservé" à telle ou telle religion, mais plutôt à un dieu universel qui les rassemblerait toutes. Cependant cette Carmélite a renforcé chez moi une espèce de sentiment de sécurité quasiment inébranlable. Que Dieu m'entende !... Dans ce même couvent, j'ai fait également la connaissance d'une autre religieuse ( Egyptienne je crois ) spécialisée dans l'art de l'icône. Ses travaux sont pure merveille et vous pouvez en voir notamment à l'Eglise de Tabgha, sur les rives du Lac Tibériade. Mais en voici une.

 

Icône de St Bernard
... Voilà un petit bout de Jérusalem bien qu'il faudrait sept vies pour en faire le tour. Et encore !...