Dionne Warwick

FRANCE !!!

En 73 me voila marié avec une musicienne qui fait partie d'un grand orchestre de "variétés". Quatorze "pros", reçus dans des villages du fin fond de la Bretagne, tout comme dans de somptueuses salles de gala. Un immense car Mercédès de plus de douze mètres de long conduit de main de maître par votre conteur du jour. J'en parle car cela représente environ 700000 kms en dix ans. Non, il n'y a pas de zéro en trop ni même une égratignure sur cet engin qui ne passait pas inaperçu. La seule région inexplorée par ce groupe a été... le Midi de la France !

Ce fut une belle époque, où l'on a croisé de grandes formations telles le "Big Bazar", une véritable caravane toute de bleu vêtue, et côtoyé un certain nombre de "Vedettes". Pour les anciens, Gilbert Bécaud, Claude Nougaro, Charles Aznavour, Claude François... et un géant que peu connaissent sous tous ses talents, Sacha Distel. Il tournait à l'époque avec une troupe de jeunes et belles danseuses Anglaises. C'était à Cadillac, près de Bordeaux, et notre car était garé juste devant le sien. Tous les musiciens des différentes scènes parsemées dans cet immense parc étaient en train de faire les "raccords" (essais sonos, dernières répétition...). Ce fut en descendant de mon car que je le vis, à l'avant du sien, seul et jouant du jazz en chantonnant. Avez-vous vu de près le sourire de Sacha ? Il était la gentillesse et la spontanéité à l'état pur. Je restais planté là, bêtement et en admiration devant lui, sans un mot. Il me dit "Tu aimes ça ?" A votre avis, qu'ai-je répondu ? Et il attaqua un autre morceau en me précisant :"Ca, c'est de moi !..." Oui, j'ai eu la chance d'avoir "en exclusivité" une impro "jazzy" sur une guitare "ovation", de la part de cet homme simple et hors du commun. Un bonheur qui m'a donné la chair de poule et m'a laissé un souvenir impérissable. Immense talent, très grand Homme. L'Eternel a dû l'accueillir par la Porte réservée du paradis des Artistes...

Je ne peux faire la liste de tous, c'est aussi de mes goûts personnels dont il est question ! Dans ces cas-là, l'orchestre passait en première partie, ou "vedette américaine". Cette période de ma vie fut une fantastique expérience durant laquelle j'avais vraiment l'impression d'être comme les "gens du voyage". Je pense avoir fréquenté dans un temps assez court autant de passionnés, d'illuminés, de rêveurs et poètes que dans toute une existence.

Dans ces trajets de folie, parfois 3000 kms en trois jours, des épisodes comiques émaillaient nos dures journées de "décalage" d'horloge biologique. Les "arrêts pipi" ont toujours été un épineux problème : entre ceux qui sont dans leur couchette, ceux qui sont avachis dans les sièges et ceux qui sont on ne sait où, il m'est arrivé à plusieurs reprises d'oublier un musicien dans un bar ou une station service. C'était malheureusement au bout de quelques centaines de kms parfois, qu'innocemment une petite voix disait : "Mais où est Vincent ?" Les portables n'existant pas à l'époque, je vous laisse imaginer le drame par rapport au "timing" ! Les plus audacieux faisaient de l'auto-stop, les plus démunis se rendaient dans un commissariat de police et les moins doués restaient où ils étaient en attendant sans rien faire... que le ciel leur tombe sur la tête ! En fin de compte j'ai vécu une vie de bohème digne d'un vrai saltimbanque, conjointement à un "honnête" travail. Bonheur ?! Le mot est faible et je souhaite à beaucoup de vivre une telle expérience.

Chicago
EWF