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En 66 je suis invité par un oncle qui sévit du côté d'Oran. Juillet semble la bonne période pour le rejoindre et y passer deux mois. C'est ma mère qui me trouve le moyen de transport le plus attractif : un cargo sur lequel je serai le seul passager ! Le "Belval", nom du cargo, appareille un soir de début juillet du port de Marseille, ville prédestinée pour bien des raisons. Je n'oublierai jamais ce départ, juste avant le coucher du soleil et ce sentiment d'être le maître du monde, planté à la proue du navire. Je crois bien m'être dit à ce moment-là "c'est ici que j'aimerais vivre !..." Je prends même la barre à plusieurs reprises, apprenant ainsi ce qu'est un cap à tenir. Souvent à la proue, j'admire la danse des dauphins pour la première fois de ma vie, dans la vague d'étrave. Mais c'est l'horizon, sans fin, de tous côtés, qui m'impressionne le plus. Comment décrire ce sentiment de petitesse, à la fois fasciné et un peu angoissé ? Dans ces instants, croyant ou pas, de drôles de questions vous montent à la tête. Inutile de vous dire la qualité de l'accueil à bord de ce cargo où le commandant me laisse aller et venir absolument partout, à ma guise. Royal ! |
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Durant la traversée, une escale à Alicante est prévue. Bonjour l'Espagne, chaleur humaine, couleurs et une esplanade, près du port, que l'on n'oublie pas : un dallage en serpentins qui donne un peu le vertige à la descente du bateau !... Puis on arrive à Alger, et à Oran où le cargo décharge des pièces détachées de camions Berliet. Notre "camp de base" est à Bouisseville ( certainement rebaptisée depuis ) non loin de Mers-el-Kébir. J'ai d'ailleurs eu la chance de pouvoir visiter cette base creusée dans la montagne et qui aurait pu servir de décor dans un film de 007 !... J'ai fait plusieurs escapades durant ces deux mois, dont une vers le Maroc. Les deux plus importants circuits figurent sur la carte. Je n'évoque que les points forts de ce séjour, en effet, bien des récits d'aventures retracent ce genre de périple. Il n'est pas aisé de se souvenir environ quarante ans plus tard de tout un vécu là-bas. L'image la plus récurrente est celle d'un pays des "Mille et Une Nuits"... et pourtant, ce n'est pas Bagdad ! Mais là n'est peut-être pas le plus important. Le périple vers le Sud est incontestablement le point fort du séjour. Il est placé sous le thème " sur les traces du Père De Foucauld". Il est vrai que mon oncle est prêtre et a préparé cette expédition depuis longtemps. Partout où nous circulons, l'accueil est le même : exceptionnel. A Béchar, par exemple, nous sommes pris en charge par un personnage d'une grande noblesse ( un juge, si ma mémoire ne me trahit pas ) qui nous reçoit comme il l'aurait fait pour sa propre famille. Je suis impressionné par ce sens de l'hospitalité, et ne suis pas au bout de mes surprises, le pays est féerique, la vie semble s'y écouler comme dans un paradis. Seule surprise pour un Savoyard d'adoption, la chaleur. Plus on descend vers le Sud, plus elle est difficile à supporter, à tel point qu'on ne peut guère rouler que la nuit. Mais ce pays est magique et l'on s'y habitue bien vite. Le Sahara, particulièrement, et ses oasis, plus belles que sur toutes les photos que j'ai pu voir. Le désert de sable, au-delà de Béni-Abbès, m'a fait revivre quelque chose de similaire à ce que j'avais ressenti sur le bateau : l'immensité insondable qui mène nulle part et partout. C'est plus tard, en parcourant d'autres déserts, que j'ai compris ce magnétisme qu'ils exercent sur moi. La Présence d'un Créateur est plus forte ici qu'ailleurs, et quand vous y ajoutez des nuits si claires qu'on y voit presque aussi bien que le jour, vous vous prenez à murmurer " Il Existe " vraiment. J'ai retrouvé chez le merveilleux Hubert Reeves ce genre de questionnement sans véritable réponse, mais qui vous donne un autre regard sur les choses d'ici-bas. C'est aussi le contraste, sans transition parfois, entre ces étendues de sable et les oasis qui est particulièrement frappant. Contraste, c'est le mot qui caractérise ces régions du globe : la chaleur du jour et la froideur des nuits, la sobriété d'une caravane et la magnificence de certains campements. Théodore Monod a dit du désert, apparemment sans vie "... il appartient à ces paysages capables de faire naître en nous certaines interrogations". H. Reeves et T. Monod ont dû se connaître ! Je pense que ce premier séjour à l'étranger a déclenché quelque chose pour tout le restant de ma vie. Ce n'est pas immédiatement que l'on s'en rend compte, mais des années plus tard, lorsqu'on se surprend à tenter de revivre cette sorte de miracle qui vous transporte au-delà de l'espace et du temps. J'encourage les plus jeunes à voyager, à partir très vite à la rencontre d'autres mondes, à faire cette expérience de vie qui a un "je ne sais quoi" d'initiatique, en ce sens qu'il ouvre la porte d'un inconnu fascinant, riche d'un enseignement qu'on ne trouve pas sur les bancs de l'école, et porteur d’une notion essentielle : nous sommes avant tout les citoyens d’une Planète. Ci-dessous une photo du Belval, probablement dans le port de La Joliette à Marseille ( photo tirée du site de la compagnie UIM ). Il a été démoli en 1985. ( larme !... ) Celle du commandant est l'une des rares que j'ai retrouvée de ce fabuleux voyage en Algérie, hélas ! Les autres ont été semées à tous vents lors de mes nombreux déménagements !...
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Magie du Web Régulièrement, je repense à ce premier voyage, si déterminant pour la suite des "évènements", et notamment à la traversée sur ce beau bâtiment qui n'existe plus guère que dans les albums d'Hergé. Toujours assez tenace dans mes recherches, j'ai le bonheur de recevoir un mail du responsable web de la compagnie UIM. Il m'adresse des photos dont une du commandant et une autre (de meilleure qualité et qui est venue remplacer l'ancienne) de ce fameux BELVAL. Emotion, car j'ai même la liste de tous les membres de l'équipage, jusqu'au cuisinier dont je me souviens très bien, et pour cause : en plus d'être sympatique, sa cuisine était d'une qualité exceptionnelle. J'étais à cent lieues d'imaginer qu'on pouvait manger aussi bien à bord d'un cargo. Certains souvenirs sont plus forts que d'autres et vous donnent envie de revoir, rencontrer à nouveau, des gens qui ont marqué un instant magique de votre vie. je suis donc allé m'inscrire sur le forum du site de la compagnie. Et j'ai pu reprendre contact avec le Commandant Jean Martin !... Je tiendrai cette page à jour au fur et à mesure des "instantanés". Merci Mr Michel PELE, magicien du web (merveilleuse invention) surtout lorsqu'il est au service de la solidarité. Merci également, Mr Jean Claude Collin qui m'a transmis les coordonnées du Commandant Jean Martin. Monsieur Jean MARTIN, vous avez contribué sans le savoir à un des plus beaux instants de ma vie de vagabond.
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News : J'ai rencontré le commandant Jean Martin, chez lui, ce dimanche 24.09.2006. C'est à peine croyable et pourtant si authentique. Il est d'accord pour raconter ses récits de mer, et quels récits !... Pour commencer, bien sûr, nous avons parlé du Belval. Il a conservé la cloche (de quart ) de ce cargo. A sa connaissance, c'est tout ce qu'il reste du Belval. Nous avons décidé d'ouvrir dans ce site une page spéciale : "La page du commandant". ... Voir "Récits de Mers" |