Abbaye de TamiéChiure de pigeonAelred

Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

PERE AELRED

... Abouna ! ce qui veut dire " père " en arabe, cette page est un hommage.

En revisitant ce site, j'ai pensé qu'il manquait une marque de reconnaissance à celui qui a tant aidé votre narrateur. Peu de photos de personnages ici ou là, discrétion oblige, sauf avec l'accord des intéressés. Aelred lui, du haut du ciel, vient de me donner le sien ! Et puis si le hasard faisait que par le Net, quelqu'un venait à le reconnaître, cela serait pour moi un grand plaisir de pouvoir reparler de ce saint homme. Il suffirait de m'adresser un mail ( page " contact " dans ce site ).

En 66, après une " terminale " sans intérêt, ma seule préoccupation du moment est ce départ en Algérie dans des conditions de rêve, en passant par Marseille, ville de tous les espoirs. L'avenir professionnel ne fait pas partie des choses importantes de la vie à cet " instant donné ! " Chambéry, deuxième lieu d'accueil en moins de vingt ans, est une belle ville, mais froide l'hiver, et entourée de montagnes, l'été.

De retour d'Afrique du Nord, j'opte pour une année de repos : instituteur dans un " Centre de redressement " dit Belle Etoile, près d'Albertville, au Col de Tamié. J'ai déjà évoqué cet établissement dans la première page de ce chapitre, n'y revenons pas, c'est hors sujet désormais. Non loin du Centre... l'Abbaye de Tamié. Un autre lieu magique, tout au moins à l'époque. En effet, depuis le décés d'Aelred, je me refuse à remettre les pieds dans ce piège à touristes. Je vais plutôt vous raconter comment on y était reçu à l'époque, car cela fait partie des choses qui n'existent plus que dans l'esprit.

Tout de même, il faut savoir que dans ce nid d'aigle, nous sommes quatre, deux instituteurs et deux moniteurs, pour prendre en charge sept jours sur sept, près de cinquante enfants, hallucinant !... que l'hiver dure six mois, la neige tout au moins, et que nous sommes ravitaillés par une jeep qui monte une fois par jour, de la vallée. Ceci explique qu'un dimanche sur deux, jour de repos ( on est à des années lumière des trente cinq heures ) je n'ai d'autre ressource que de me rendre à l'Abbaye, seul endroit accessible et accueillant. Aelred est Père Hôtelier à ce moment-là. La chaleur humaine que dégage cet homme est ce qui me touche en premier et d'emblée, la solitude et les plaies d'amour aidant, il devient très vite un confident, jamais prêcheur ni confesseur. Je suis d'ailleurs convaincu que c'est en partie grâce à cela que notre amitié a perduré au delà du temps. Il n'avait rien de ces curés aigris, frustrés et hors de la réalité de la vie. Le Père Roger (assassiné horriblement depuis ) et le Frère Emanuel, dit "Titine" et patissier hors pair, sévissaient dans le même établissement.

Aelred, outre sa fonction d'accueil de pélerins-retraitants, sincères ou en mal de religiosité, est chargé de l'apprentissage du chant grégorien pour les jeunes (et les moins jeunes !) postulants. Mais sa vraie fonction, non officielle au sein de ce monastère est de dynamiser des troupes vieillissantes, mission dont il s'acquittera d'ailleurs avec bonheur dans d'autres monastères de par le monde. Nous allons en parler car cela a été déterminant pour celui qui vous parle. En attendant, chaque fois que je viens me "refaire une santé" dans cet endroit hors du temps, je suis reçu comme un prince. On rencontre ici des individus d'origines variées tout autant qu'incertaines : futurs postulants, vrais croyants, faux apôtres, des démunis du coeur et autres névrosés plus ou moins illuminés, mais tous respectueux de l'ambiance très particulière qui règne en ce lieu. Le calme, la sérénité, le cadre et l'architecture font de cet endroit l'un des plus beaux et des plus magiques qu'il m'a été donné de "visiter". Le silence, seulement interrompu par le son des cloches qui ne ressemble à aucun autre, est propre à ce monastère. Un des Pères est connu à l'époque pour ses compositions florales, dignes des plus beaux Ikébana japonais et qui décorent régulièrement la chapelle au style épuré et propice à la méditation... je n'ose pas trop dire, à la prière car je ne pense pas avoir su prier une seule fois dans ma vie. Une des choses qui m'a toujours étonné, c'est le froid qui règne en ce lieu sans que votre corps en souffre. Une sorte de chaleur qui sort de je ne sais où vous fait oublier la température "réelle". Peut-être ces vitraux aux couleurs de soleils, cette petite lampe rouge qui brille en permanence, mélée à des odeurs d'encens de la messe à laquelle je n'ai pas assisté, ou encore ces pierres de tailles omniprésentes qui ne sont pourtant pas réputées pour dispenser de la chaleur. Je ne sais pas. Juste à côté, la fabrique de fromage : la célèbre Tome de Tamié. Pour faire du fromage il faut du lait, beaucoup de lait et donc beaucoup de vaches. Il me semble à ce sujet que pas mal d'éleveurs du coin contribuent à l'approvisionnement en cette précieuse matière première. Cela dit et très franchement, ce fromage est bon car fait par de bons Pères, quand au goût... il faut vraiment avoir faim pour en faire son quotidien. Avec du pain de ferme authentique, il est vrai que la seule arôme du pain permet de faire oublier celle quasiment absente du fromage. Mais bon, quelle importance. Il semblerait qu'il se vende plutôt bien.

La puissance de ce lieu ne résidait pas pour moi dans la qualité de la tome ou celle des repas.

Est ce toujours le cas aujourd'hui ? J'en doute un peu. Malgré cette légère acidité dans mes propos, je reste convaincu que ces contemplatifs ont gardé tout leur charisme, et l'une des raisons à cela est qu'ils ne font pas que contempler : ils travaillent. A Tamié, c'est la Tome, à Latroun, c'est le vin, tout comme à Notre Dame des Neiges. Ma seule crainte au moment où j'écris ces lignes, c'est le mercantilisme qui entoure ces abbayes. Que dieu me pardonne de n'avoir pas la certitude que cela ne sert pas à autre chose qu'à la maintenance de l' Eglise ou aux pauvres de ce monde.

D'autres instants magiques me reviennent en repensant à ce Centre "Belle Etoile", ses pensionnaires un peu spéciaux (qu'on nomme aujourd'hui "délinquants") et notre cher Aelred. Sachant qu'il enseignait le chant grégorien à beaucoup de ses confréres, je me suis mis en tête de le faire intervenir dans cette matière auprès de nos diablotins, pas avec du chant grégorien, bien sûr... mais du chant tout court. Aelred avait une très belle voix. Pari audacieux sur lequel je ne misais que sur mon ami Trappiste. Connaissant la chorale potentielle avec laquelle il aurait à faire, j'étais un peu inquiet. Sa seule présence et son aura, dès la première séance, m'ont immédiatemment rassuré : en fait, je n'ai rien compris. Les gosses l'écoutaient comme on écoute un conteur des "Mille et une nuits"... et ils chantaient ! Pour la grande majorité, ils chantaient faux, mais le coeur y était et chaque "séance apportait son lot d'émerveillement, de progrés et d'enthousiasme. Il était un Grand Educateur sans le savoir car pour lui, ce que je considérais comme un miracle était la chose la plus naturelle du monde. Un jour où Aelred n'avait pas pu venir au dernier moment, j'ai tenté de le remplacer... une catastrophe : les gosses se sont tous échappé et en fin de compte, je les ai laissé partir. J'avais encore beaucoup trop à apprendre.

Aelred avait une autre qualité : il était gourmand, ne s'en cachait pas et ne s'en privait pas d'avantage quand l'occasion lui était donnée. Je me souviens de repas pantagruéliques dans un des meilleurs restaurants de Jérusalem, réservé aux initiés ! Je me souviens également - et il me pardonnera d'évoquer telle cocasserie - d'un épisode à l'aéroport de Marseille dans lequel j'ai cru devenir fou. C'était durant l'année sabbatique en Terre Sainte, où il m'avait fallu faire un aller-retour en France pour faire renouveler mes permis C et D, dans des conditions épiques : une lutte sans merci entre l'administration Française et la nomenclatura ecclésiastica pour que les choses se fassent en 24H !... Mais là n'est pas le plus comique. Avant de retrouver Marseille pour deux jours, j'avais demandé à Aelred ce qu'il voulait que je lui rapporte de France. Vous ne devinerez jamais ce qui lui faisait réellement plaisir ! Un paquet de bonbons " La Pie qui Chante " !... Authentique. La suite l'est également. Pour voyager vers Israël, la compagnie la plus sûre est " El Al ". La plus sûre, sans aucun doute : vous pouvez être fouillé, interrogé, harcelé pendant très longtemps avant de monter dans l'avion. En voyage organisé, cela va certainement plus vite. Seul, c'est une autre histoire, et quand vous faites un A-R en l'espace de 48H, je vous laisse imaginer la perplexité des contrôleurs Israëliens. Cela n'a pas raté, ils ont "focalisé" sur le paquet de bonbons, n'ayant rien trouvé de mieux. Cette petite fantaisie a duré une heure : ils ont défait l'emballage de chaque bonbon l'un après l'autre. Bien sûr, c'est moi qui ai dû me débrouiller pour les remballer tant bien que mal, mais il faut reconnaître que l'ensemble n'avait plus grand chose à voir avec un paquet cadeau. Après avoir connu le parcours cahotique de ce présent, Aelred m'en a voué une éternelle reconnaissance et m'a dit les avoir apprécié au centuple. Ensuite, nous avons prié pour que la gourmandise ne fasse plus partie des sept péchés capitaux !...

Bien d'autres anecdotes mériteraient d'être racontées au sujet de ce cher homme. Gardons les pour plus tard.

...

Fin 67, j'ai le choix entre Paris, Grenoble et Aix en Provence pour me taper trois années d'études. Ce sera Aix, la lumière et le soleil. Aelred étant originaire de Montpellier... il approuve évidemment. Chaque année ou presque, je reviens le voir à Tamié, mais pas seulement. En effet, mon bon Père est assez régulièrement mandaté pour une mission de "rajeunissement" d'effectifs dans d'autres Abbayes. C'est ainsi que je le rejoins aux Iles de Lérins, à St Honorat, où se trouve une aure Trappe, bien entendu dans un cadre magnifique. Puis quelques années plus tard, c'est à Notre Dame des Neiges, en plein pays Cévenol, qu'il est nommé. Chaque fois, tout en regrettant son Abbaye de Tamié, car jamais certain d'y retourner, il accepte avec modestie et bonhomie son nouveau sort. Quelle leçon !... Je vais également le rejoindre lorsqu'il est nommé à Notre Dame de l'Atlas, petite confrérie très démunie et isolée à Tibhirine, vers Medea. C'est l'occasion d'un nouveau voyage en 72, express celui-là, en Algérie. Pour leur mémoire, je ne peux m'empêcher de rappeler ici que ce sont sept Pères de ce monastère qui ont été assassinés en 96, et pas forcément par ceux à qui l'on pense en premier lieu. J'en connaissais trois parmi eux. Dieu les garde.

Et puis, et puis... il y a eu le monastère de Latroun, mais bien assez de pages à ce sujet pour qu'on en reste là.

C'est à l'Abbaye Notre Dame des Dombes que tout s'arrête... ou presque. Le sachant fatigué et malade, sans qu'il veuille jamais le reconnaître, j'étais inquiet et lui rendais visite assez régulièrement. Ses lettres étaient toujours teintées de la même bonne humeur mais l'on sentait une certaine impatience de revenir à Tamié. Il n'en a pas eu le temps. Un jour de 93, mon coeur s'arrête de battre quelques instants, instants tannés, car j'apprends qu'il est mort, assis à son harmonium dans la chapelle, foudroyé par une ambolie. Sur le coup, j'ai vraiment pensé que le monde s'écroulait, ce qui m'a donné toute la dimension de l'attachement, de la ferveur que je vouais, et que je voue encore, à cet homme hors du commun.

Cette page est en cours d'écriture. Elle va donc être gratifiée d'un peu plus de précisions dans les temps à venir. Récemment et grâce à ce site, j'ai été en contact avec le propre frère de Père Aelred.

Magie du web.

Je crois que bientôt nous allons pouvoir ensemble pouvoir reparler de ce saint homme et sans doute vous faire part de certains "autres instants sacrés".

 

Père Aelred

Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash